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Le Devoir

Suroît : les gens de l’industrie applaudissent ; les écologistes jugent la Régie plutôt timide

Louis-Gilles Francoeur, Édition du mardi 6 juillet 2004

mardi 6 juillet 2004


Mots clés : Québec (province), Pollution, suroît

Alors que les industriels de l’énergie se déclaraient fort satisfaits de l’avis de la Régie de l’énergie, les groupes environnementaux reprochaient à la Régie, dans la meilleure des hypothèses, la timidité de ses recommandations ou, plus vertement, sa « complaisance scandaleuse » envers Hydro-Québec et son principal actionnaire.

Les industriels, professionnels et constructeurs de grands travaux ont réagi à l’avis de la Régie en demandant immédiatement à Québec de miser sur la « contribution effective du projet du Suroît à la reconstitution des réserves hydriques », la « meilleure solution sur les plans du coût de revient, de la disponibilité et de la fiabilité ». Aucun nouveau communiqué n’a été émis quand Québec a annoncé hier le report du projet jusqu’à la commission parlementaire de l’automne.

Hydro-Québec a cependant attendu le verdict gouvernemental pour réagir en regrettant « que le report de la décision gouvernementale sur le projet du Suroît ne permettra pas à l’entreprise de compter sur cette centrale en décembre 2007 ».

De son côté, la porte-parole de l’opposition à Québec en matière d’énergie, Rita Dionne-Marsolais, réagissait « assez bien » à l’avis de la Régie mais estimait que Québec venait de rater une belle chance de « faire preuve de leadership en écartant maintenant le Suroît au profit des autres filières dont le potentiel est mis en valeur ». Québec aurait pu annoncer dès hier, dit-elle, avec le feu vert donné à Bécancour et au programme de cogénération, « un objectif national d’économies d’énergie qui aurait dépassé les trop modestes 2,1 TWh recommandés ».

« La Régie dit que le Suroît n’est pas indispensable mais qu’il faut donner à Hydro-Québec une marge de manoeuvre, poursuit Mme Dionne-Marsolais. La Régie aurait pu être plus ferme et définir des alternatives et des objectifs. Elle a préféré refiler la patate chaude au gouvernement qui lui avait filé le Suroît. Mais le gouvernement, lui, ne peut éviter ses responsabilités, autant en matière d’efficacité énergétique et de développement de l’éolien qu’en matière de normes de construction. Enfin, la Régie constate que la séparation fonctionnelle d’Hydro-Québec en divisions séparées a des effets pervers sur la gestion de l’énergie et le choix des filières. Ces décisions ont été prises dans un autre contexte et il faudra les revoir. Ce sera certainement un des enjeux principaux de la prochaine commission parlementaire. »

L’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), un des plus importants groupes environnementaux du Québec et l’un des plus modérés, était pourtant cinglante comme jamais hier : « Une Régie complaisante, archaïque et sans vision » en matière de développement durable, titrait son communiqué. Son porte-parole, Richard Gendron, lui reproche fondamentalement son « virage au gaz » avec Bécancour et la cogénération, que ses nuances ambiguës sur le Suroît n’arrivent pas à masquer. « Avec Bécancour et le programme de cogénération, dit-il, on aura encore plus de production thermique au Québec, d’autant plus que la Régie s’en tient à un ridicule 2,1 TWh en matière d’efficacité énergétique. Elle aurait au moins pu assigner des objectifs en matière de géothermie, disponibles maintenant ! »

Pour Steven Guilbeault de Greenpeace-Québec, l’avis constitue « le plus important désaveu de la politique énergétique du tandem Caillé-Vandale, qui a manqué de perspective en matière d’efficacité énergétique et d’énergie éolienne et qui a dilapidé les réserves énergétiques du Québec au point qu’il faut désormais tout revoir et reconstituer ». Greenpeace s’attendait au feu vert proposé au projet de Bécancour mais on qualifie de « beaucoup plus dangereuse la porte ouverte à la fausse cogénération », où quelques mégawatts de récupération de chaleur servent de caution à la construction de véritables centrales thermiques. Cependant, il est agréablement surpris de la consistance des recommandations de la Régie en matière d’énergie éolienne, y compris de sa décision de forcer Hydro-Québec à s’asseoir avec de véritables experts pour planifier l’intégration de cette filière au réseau.

Philippe Bourque, du Regroupement des conseils régionaux de l’environnement (RNCRE), retient surtout le verdict « pas indispensable » prononcé contre le Suroît, qui impose de débattre à l’automne des autres moyens d’assurer la sécurité énergétique du Québec. Globalement, le RNCRE se dit déçu de la timidité générale de l’avis, particulièrement en matière de gestion de la demande, une faiblesse d’Hydro pourtant relevée par la Régie qui n’en tire aucune recommandation précise : « L’avis a été écrit comme un gros plan de production », explique Philippe Bourque, alors qu’il aurait dû en priorité cibler les causes des augmentations de la demande, la construction résidentielle et l’étalement urbain. Il le fait pourtant pour les grands projets industriels, responsables à eux seuls de 58 % des besoins de production nouvelle. Le RNCRE lui aussi, comme Greenpeace, s’équipe pour la bataille en vue sur le programme de cogénération « dont les 800 MW ne sont pas meilleurs pour la planète que les 800 du Suroît ».

Si Stratégie énergétique, STOP et l’Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA) félicitent la Régie pour avoir statué clairement que le Suroît n’est « pas indispensable » pour assurer la sécurité énergétique, on dénonce sa timidité et l’absence d’objectifs et de moyens précis pour éviter ce projet. On voit aussi dans l’avis un blâme à peine voilé à l’endroit des retards d’Hydro-Québec en matière d’efficacité énergétique et d’énergie éolienne et aussi à l’endroit de sa « négligence » à « surexporter son électricité », ce qui a mis à mal ses réserves hydriques, qu’il aurait fallu gérer plus parcimonieusement dans un contexte de diminution des apports de pluie. Les trois groupes estiment que le gouvernement Charest « doit prendre ses responsabilités rapidement » en imposant d’urgence un relèvement des normes de construction des maisons et des appareils électriques afin que cesse l’actuel gaspillage d’énergie dont il va profiter financièrement pendant des décennies.

1 Message

  • Préparons-nous à reprendre le combat contre l’inconscience !

    - Hydro nous dit que nous allons manquer d’électricité au Québec si la centrale thermique du Suroît n’est pas mise en fonction.

    - Cette pénurie serait due en parti à l’assèchement (non prévue par l’Hydro) des réservoirs hydro-électriques causé par le réchauffement général lié à l’effet de serre.

    - L’effet de serre est provoqué par l’émission de gaz tels que ceux prochainement émis par le Suroît.

    - La centrale du Suroît va donc augmenter la quantité d’émission de gaz à effet de serre et ainsi participer au processus d’assèchement des réservoirs hydro-électriques !!!

    - Alors vite ! Une autre centrale thermique !!!!

    "Cul-de-sac" ça vous dit quelque chose ?!

    Ce genre d’histoire me donne des nausées ! J’imagine ces autruches (Charest, Hamad, Mulcair, Caillé, la Régie de l’énergie,...) ayant la tête bien enfouie dans le sable et le derrière bien en vue, à porté de pied... et je vous laisse imaginer l’envie que j’ai.

    "Les autres producteurs d’électricité dont nous aurions besoin sans le Suroît sont bien pires que nous" de répondre Monsieur Caillé. Quel manque de vision ! Quel manque de courage ! Si au moins on avait la décence de présenter des projets sérieux d’engagement envers le protocole de Kyoto pour compenser le manque de jugement et de prévision dont le Gouvernement et Hydro ont fait montre dans le passé.

    Bien sûr c’est un problème dépassant les frontières du Québec et ayant une portée plus longue que la durée d’un mandat gouvernemental... Mais il est plus que temps d’agir et de façon énergique. Le protocole de Kyoto est un engagement minimal à prendre. Son action vise justement la dimension transfrontalière et à long terme. Il est essentiel de s’y soumettre et même de donner l’exemple en dépassant ses exigences. L’histoire retiendra le nom de ceux qui auront tout fait pour échapper à leurs responsabilités face à l’avenir de la planète (USA, RUSSIE...) comme de ceux qui auront été les leaders de l’innovation en matière de protection de l’environnement... et le Québec aurait la possibilité de se démarquer dans ce domaine !

    Vincent Dostaler Montréal