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La Presse

... et des écolos de salon

Pratte, André, Forum, jeudi 6 mai 2004, p. A22

mardi 11 mai 2004, par Louis E. Beaulieu


Tous les Québécois maugréaient hier contre la hausse des prix de l’essence. Tous ? Non. Le porte-parole québécois de Greenpeace, Steven Guilbeault, était tout sourire.

C’est qu’il y a peu de faits plus favorables à la préservation de l’environnement qu’une augmentation du prix de l’essence.

Écologistes de coeur- comme le démontre leur opposition au projet de centrale au gaz du Suroît- les Québécois ne devraient-ils pas afficher la même bonne humeur que M. Guilbault ? Comment expliquer leur grogne ? C’est que la grande majorité des Québécois- dont l’auteur de ces lignes...- sont des écologistes de salon. Nous sommes tout à fait pour la préservation de l’environnement... en autant que cela n’affecte pas notre mode de vie !

Nous sommes favorables aux économies d’énergie... en autant que les prix de l’électricité restent tellement bas que nous pouvons en consommer à volonté. Nous serons entichés des éoliennes... jusqu’au jour où on installera un parc d’engins de 120 mètres de haut au beau milieu de notre paysage favori.

L’argument-choc des opposants au Suroît était que la centrale produirait autant de gaz à effet de serre qu’un demi-million d’automobiles. L’argument a porté au point de forcer le gouvernement Charest à reculer. Pourtant, depuis dix ans, les automobilistes québécois ont considérablement augmenté leur production de gaz à effet de serre. Pas à cause d’Hydro-Québec. Par leur propre faute, parce qu’ils conduisent des véhicules plus énergivores que dans les années 1980.

Au Canada, les ventes de véhicules utilitaires sports (VUS) ont augmenté de 20 % par année depuis 1998. Cela n’a rien d’étonnant : ces voitures sont extraordinairement pratiques et confortables. Cependant, elles consomment beaucoup d’essence et, par conséquent, produisent plus de gaz à effet de serre. (À cet égard, il est fascinant de comparer la réaction des automobilistes à la dernière hausse des prix de l’essence, alors que les mêmes automobilistes ont volontairement augmenté leur facture de carburant en achetant des plus gros véhicules.)

Aucune campagne de publicité, aucune manifestation écologiste ne convaincra les gens de délaisser leur VUS pour une compacte, ou à emprunter plus fréquemment les transports collectifs, ou à pratiquer le covoiturage. Seule une forte augmentation du prix de l’essence pourrait y parvenir.

Les Nord-Américains ont beau être furieux de la montée du coût de l’essence, celui-ci reste beaucoup plus faible qu’ailleurs dans le monde. En France, par exemple, l’essence (ordinaire sans plomb) se vend l’équivalent de 1,65 $ le litre. Ce n’est pas un hasard si les rues sont envahies par les micro-voitures. L’an dernier, Daimler Chrysler France a subi une baisse des ventes de tous ses modèles sauf un : la minuscule Smart, dont les ventes se sont accrues de 8 %. La Smart fera son entrée au Canada l’automne prochain. On peut croire que les ventes seront bonnes... jusqu’à ce que le prix de l’essence ne retombe.

Les Québécois souffrent d’un dédoublement de la personnalité : ils sont écologistes en principe, mais consommateurs en pratique. Si l’on souhaite qu’ils tiennent davantage compte de l’environnement dans leurs comportements, il faudra s’adresser au côté consommateur de leur cerveau. C’est-à-dire, monter les prix.